Aperçu de la grammaire persane

1. Les phonèmes du persan

Consonnes


p t c k
b d j g
f s1 š x h2
v z3 ž q4 ʕ
m n
w y

1 Sont aussi prononcés s les deux phonèmes arabes notés et .

2 Est aussi prononcé h le phonème arabe noté .

3 Sont aussi prononcés z les trois phonèmes arabes notés ż, et .

4 Est aussi prononcé /q/ le phonème arabe (et persan ancien) noté ġ (sonore correspondant à la sourde notée x).

Voyelles


i u
e o
a ā

Diphtongues

ey, ow

2. Cas, genre et structure de la phrase

Il n’y a pas de cas en persan.

Il n’y a pas de genre en persan.

L’ordre des mots est le suivant : sujet + prédicat + verbe :

Ḥasan ḥāẓer ast <Hasan prêt est> « Hasan est prêt ».

L’interrogation n’est indiquée que par le ton ; on peut trouver āyā « est-ce que » en tête de phrase, ou encore, si l’on attend une réponse dans le sens opposé à la question, magar.

3. Absence d’article et nombre

Il n’y a pas d’article défini ni indéfini en persan.

L’indéfinition est indiquée par un suffixe -i ajouté au mot ou au groupe de mots :

ketāb « (le) livre » ; ketābi « un livre » ; ketāb-o qalam « un livre et un stylo ».

yek « un » (numéral) peut être employé devant le nom à la place du suffixe -i ou en en plus de lui :

yek afsāne / yek afsāneʔi / afsāneʔi « une histoire ».

La marque habituelle du pluriel est -hā ; pour les êtres rationnels, surtout en classique, on peut trouver un pluriel en -ān :

ketābhā « des / les livres » ; zanān ou zanhā « des / les femmes ».

À la 3e personne, le verbe ne passe au pluriel que si son sujet est un être rationnel au pluriel.

Les adjectifs épithètes et attributs ainsi que les adjectifs démonstratifs ne prennent pas la marque du pluriel ; les adjectifs substantivés et les pronoms démonstratifs la prennent :

ān ketābhā « ces livres » ; ānhā « ceux-là ».

ān ketābhā xub ast « ces livres sont bons » ; xubhā « les bons ».

Les mots d’origine arabe peuvent aussi avoir leur pluriel arabe :

ketābhā = kotob « les livres ».

4. Adjectifs et eẓāfe ; expression de la possession

Les adjectifs peuvent être renforcés par un adverbe, xeyli ou besyār:

ān ketāb besyār xub ast <ce livre très bon est> « ce livre est très bon ».

Le complément de nom et l’épithète sont reliés au nom par un -e qui se suffixe à lui et qu’on appelle eẓāfe ; le nom apposé est aussi relié par eẓāfe au nom auquel il est apposé :

ketāb-e bacce « le livre de l’enfant » ;

zan-e avān « la jeune femme » ;

Ḥoseyn-e naqqāš « Husain le peintre » ;

xānom-e Farhād « Madame Farhad ».

Tournures particulières avec eẓāfe :

pir-e mard <vieux /eẓāfe/ homme> « le vieil homme » ;

pir-e zan <vieux /eẓāfe/ femme> « la vieille femme ».

Le suffixe d’indéfini -i s’ajoute à la fin du groupe à eẓāfe. S’il s’ajoute au nom, on n’emploie pas d’eẓāfe :

manzel-e bozorgi = manzeli bozorg « une grande maison ».

La possession peut s’exprimer à l’aide de māl « propriété » + eẓāfe ou de az ān litt. « de celui, de celle » :

ān ketāb māl-e Ḥasan ast « ce livre est à Hasan » ;

ān ketāb māl-e man ast <ce livre propriété /eẓāfe/ moi> « ce livre est le mien » ;

ān ketāb az ān-e Ḥasan ast <ce livre de celui de Ḥasan est> « ce livre est à Ḥasan ».

Le comparatif est en -tar et son complément introduit par az (« de », = from) :

Ḥasan az Simā bozorgtar ast « Hasan est plus grand que Sima » ;

Le superlatif est en -tarin et son complément lié à l’adjectif par eẓāfe :

bozorgtarin-e baccehā « le plus grand des enfants ».

5. Évitement du hiatus

Un -y- s’intercale entre les mots en , en -u et en -i et les suffixes commençant par -a ou . Il n’est pas notée par l’alphabet arabe après les mots en -i, mais se prononce :

āqā-y-ān « les messieurs » ;

soxango-y-ān « les porte-parole » ;

širāzi-y-ān « les Shirazis ».

Les noms en -e qui désignent des êtres rationnels ajoutent un -g- avant le suffixe de pluriel -ān :

baccegān « les enfants ».

Devant un suffixe commençant par i comme le suffixe d’indéfini, les mots en et -u intercalent un hamza noté ʔ dans la transcription :

āqāʔi « un monsieur » ;

bānāʔi « une dame ».

Après les mots en -i, le suffixe d’indéfini n’est ni écrit ni prononcé, sauf parfois en poésie, metri gratia

ṣandali « la chaise ; une chaise ».

Après les mots en -e, le suffixe d’indéfini est noté par un hamza au-dessus du -e (‭هٔ) ou par un i (یا) écrit comme un mot séparé. Dans notre transcription, il est noté ainsi :

bacceʔi « un enfant ».

Après les mots en , -e, -u et e, l’eẓāfe devient -ye, mais ce -ye n’est pas noté après les mots en -i, et il est noté par un hamza suscrit pour les mots en -e (هٔ) :

ketābhā-ye xub « les bons livres ».

Les mots en -ey et -ow résolvent leur diphtongue en -ay et -av devant les suffixes à initiale vocalique et eẓāfe :

peyrow « le disciple » ; peyravi « un disciple » ; peyrav-e Ḥasan « le disciple de Hasan ».

Quand la préposition be- « à, avec… » est suivie du démonstratif, ān ou in, un -d- s’intercale :

be-d-ān « à celui-là », be-d-in « à celui-ci ».

6. Pronoms personnels et suffixes personnels enclitiques

Pronoms personnels


Singulier Pluriel
1re personne man
2e personne to šomā
3e personne u (animés) ; ān (inanimés) išān (animés) ; ānhā (inanimés)

Noter : to + ast → tost ; u + ast → ust

in ketāb-e tost <ce livre de toi est> « c’est ton livre ».

hame ust « tout est Lui » (ou « Il est tout ») [formule soufie].

Suffixes personnels enclitiques


Singulier Pluriel
1re personne -am -emān
2e personne -at -etān
3e personne -aš -ešān

Quand le mot auquel se joint un suffixe personnel enclitique se termine en voyelle, les règles évoquées ci-dessus en 5 s’appliquent. Mais si le mot se termine en -e, le suffixe s’écrit comme un mot séparé commençant par a- :

bacce-at « ton enfant ».

āvāz-e soxanguyešān « la voix de leur porte-parole »

Quand le suffixe porte sur deux mots coordonnés ou sur un groupe de mots (à eẓāfe notamment), il se suffixe au dernier mot :

padar-o mādarat « tes père et mère » ;

pesar-e bozorgaš « son fils aîné ».

En parlé et en poétique, un suffixe personnel enclitique peut être COD ou COI d’un verbe ou d’une locution verbale (voir § 22 et 23).

7. Pronoms réfléchis

Le pronom réfléchi pour toutes les personnes est xwod.

xwod peut être renforcé par suffixe personnel enclitique ou par le pronom personnel indépendant précédé par eẓāfe :

in manzel māl-e xwod-e man ast « cette maison est la mienne »

xwodaš ḥāẓer ast « il est lui-même présent ».

xwod peut être lié au nom suivant par eẓāfe :

xwod-e barādarānam « mes frères eux-mêmes ».

8. Les démonstratifs


Adjectifs Pronoms
Singulier Pluriel
Proches in in inhā
Éloignés ān ān ānhā (ānān)

Sur l’évitement de l’hiatus après be-, voir § 5.

Sur les démonstratifs sont faits les mots suivants :

injā « ici », ānjā « là » ( « lieu »), hamin / hamān « le même » (ham « même »), conin / conān « tel » (cun « comme »).

9. Les interrogatifs et les exclamatifs


Animés Inanimés
Pronoms ki, ke « qui » ce « quoi, qu’est-ce qui »
Adjectifs kodām « quel » ce, kodām « quel »

ce + ast → cist « qu’est-ce ? » ; ki ou ke + ast → kist « qui est-ce ? ».

Le nom déterminé par ce peut prendre le -i d’indéfini :

ce ketāb(i) « quel livre ?, quel livre ! »

Sont composés sur ce :

10. Pronoms et adjectifs numéraux, de quantité et indéfinis

Ils précèdent le nom qu’ils déterminent, et celui-ci est toujours au singulier :

hamejā « partout »

hamejā-ye Irān « partout en Iran »

cand ketāb(i) « quelques livres ; combien de livres (noter le singulier ketāb) » ;

besyār bacce « beaucoup d’enfants » (noter le singulier) ;

ān qadr cāy « tant de thé » ;

hic nān nist « il n’y a pas de pain » ;

hic nist « il n’y a personne » ;

pesar-e digar(i) « un autre garçon » ;

digari, yeki digar « un autre, quelqu’un d’autre » ;

kasi digar « quelqu’un d’autre » ;

yek-digar « l’un l’autre ».

Les adjectifs numéraux cardinaux de base sont les suvants :


yek 1 yāzde 11 dah 10 (yek) ṣad 100
do 2 davāzdah 12 bist 20 davist 200
se 3 sizdah 13 si 30 siṣad 300
cahār 4 cahārdah 14 cehel 40 cahārṣad 400
panj 5 pānzdah 15 panjāh 50 pānṣad 500
šeš 6 šānzdah 16 šaṣt 60 šešṣad 600
haft 7 hefdah 17 haftād 70 haftṣad 700
hašt 8 hijdah 18 haštād 80 haštṣad 800
noh 9 nuzdah 19 navad 90 nuhṣad 900
(yek) hazār 1000
korur 500000
milyun 1000000

Les parties des cardinaux composés sont liées entre elles par o, les plus élevées venant en premier :

bist-o yek « 21 » ;

si-o haft hazār-o davist-o haštād-o hašt « 37.288 ».

Conformément à la règle énoncée plus haut, les adjectifs numéraux cadinaux sont suivis de noms au singulier :

se mard « trois hommes » ;

dah ketāb « dix livres ».

Les nombres ronds peuvent être utilisés au pluriel, toujours suivis d’un nom au singulier, pour indiquer des centaines de, des milliers de :

ṣadhā ketāb « des centaines de livres » ;

hazārān bacce « des milliers d’enfants ».

Les adjectifs numéraux sont souvent suivis d’un numérateur intraduisible en français, notamment pour les inanimés et nafar pour les humains :

se tā ketāb « trois livres » ;

se nafar mohassel « trois étudiants ».

La même construction est utilisée pour indiquer quantités, poids, taille, etc.

cahār kilu seb « quatre kilos de pommes » ;

do livān āb « deux verres d’eau » (mais do livān-e āb « deux verres à eau ») ;

yek dast lebās « un ensemble » (d’habits ; litt. « une main de vêtements) ;

se oft kafaš « trois paires de chaussures » ;

šeš nowʕ mive « six sortes de fruits ».

Le français « on » est souvent exprimé par la 3e personne du pluriel du verbe.

11. Prépositions et locutions prépositionnelles

Il y a dix vraies prépositions en persan, qui gouvernent le nom sans l’intermédiaire d’un eẓāfe ou d’une autre préposition :


az (aussi ze en classique) « de » ; « avec » ;
bar « sur » ; be « à » (aussi : « avec » en classique) ;
bi « sans » ; « usqu’à » ;
joz « excepté » ; cun « comme » ;
dar « dans » ; magar « excepté » (plus rare que oz).

be est d’un emploi très fréquent et peut avoir des sens très divers. Quand elle précède les démonstratifs in et ān, un -d- de liaison est généralement inséré : badin, badān (voir § 5).

Il existe beaucoup d’expressions prépositionnelles en persan, formées d’un nom ou d’un adverbe employés seuls ou avec une préposition et reliés au nom par eẓāfe :


ru « visage » ; ru-ye miz « sur la table » ;
« place » ; jā-ye man « à ma place » ;
zir « dessous » ; zir-e miz « sous la table » ;
dar miān « au milieu » ; dar miān-e in do manzel « entre ces deux maisons » ;

Un groupe prépositionnel peut-être utilisé comme complément de nom :

manzel-e bi bāġ « une maison sans jardin ».

12. L’infinitif

L’infinitif est en -tan ou -dan :

raftan « aller » ; āmadan « venir ».

Il se comporte strictement comme un nom verbal :

āmadan-e Ḥasan « la venue de Ḥasan » ;

āb-e xwordan <eau de boire> « de l’eau potable » ;

baʕd az raftan-e Reẓā <après de partir de Reza> « après le départ de Reza ».

13. La racine du passé

C’est l’infinitif moins -an :

raft = racine du passé de raftan « aller » ; āmad= racine du passé de āmadan « venir ».

Elle équivaut à 3e sg du parfait :

raft « il partit » ; āmad « il vint.

Elle s’emploie nue après des verbes impersonnels signifiant « il faut », « il est possible de » :

bāyad raft « il faut partir » ;

mitavān raft = momkin ast raft « il est possible de partir ».

Elle sert à former le futur : elle suit alors l’auxiliaire xwāstan (voir plus bas). Elle sert aussi à former, outre le prétérit, l’imparfait de l’indicatif et du subjonctif.

14. La racine du présent

Elle est souvent « irrégulière ». Quand elle ne l’est pas, elle peut être déduite de la racine du passé :

Elle sert à former le présent de l’indicatif et celui du subjonctif.

Elle sert à former :

15. Les désinences personnelles


Singulier Pluriel
1re personne -am -im
2e personne -i -id
3e personne -ad (seulement à l’imperfectif) -and

Après les racines terminées en voyelle, pour éviter l’hiatus :

16. Les préfixes de conjugaison

mi- indique l’imperfectif (continuité, répétition, etc.) ; c’est le préfixe du présent et de l’imparfait de l’indicatif. En classique, il peut avoir la forme hami.

be- indique un élément de doute, de subjectivité (c’est le préfixe du subjonctif) ; en classique, il indique une action ponctuelle, par opposition à (ha)mi.

na- est la négation verbale ; après na-, le préfixe mi- est conservé, mais le préfixe be- tombe (voir plus bas) :

na-raft « il n’alla pas ».

Devant les racines commençant en voyelle, pour éviter l’hiatus :

17. Les temps formés sur la racine du passé

Exemple xaridan « acheter »


Prétérit Imparfait
1re personne du singulier xaridam mixaridam
2e personne du singulier xaridi mixaridi
3e personne du singulier xarid mixarid
1re personne du pluriel xaridim mixaridim
2e personne du pluriel xaridid mixaridid
3e personne du pluriel xaridand mixaridand

Négation : naxaridam « je n’achetai pas » ; na-mi-xaridam « je n’achetais pas » (prononcé nemi°).

18. Les temps formés sur la racine du présent


Indicatif présent Subjonctif présent Impératif
1re personne du singulier mixaram bexaram bexaram
2e personne du singulier mixari bexari bexar
3e personne du singulier mixarad bexarad bexarad
1re personne du pluriel mixarim bexarim bexarim
2e personne du pluriel mixarid bexarid bexarid
3e personne du pluriel mixarand bexarand bexarand

L’indicatif présent, comme en français (« je pars demain »), peut exprimer le futur.

La négation na précède mi- à l’indicatif présent et remplace be- au subjonctif et à l’impératif :

na-mi-xaram « je n’achète pas » (prononcé /nemi°) ;

naxaram « que je n’achète pas » ; naxar « n’achète pas ! »

Euphonie (voir § 15) :

Particularités de dāštan « avoir »

Les préfixes mi- et be- ne sont jamais utilisés avec dāštan (racine du présent dār-) « avoir ». Toutefois, quand ce verbe est l’élément verbal d’une locution verbale, il peut prendre le préfixe mi- :

nān dāram « j’ai du pain » ;

šahr rā nešān mi-dāram « je montre la ville » (nešān dāštan « montrer »).

19. Le participe passé

Le participe passé se forme en ajoutant -e à la racine du passé :

raftan « aller » → rafte.

Le participe passé est le seul participe utilisé dans la conjugaison en persan.

Il peut avoir valeur d’adjectif ou même de nom :

panjare-ye šekaste « la fenêtre cassée » (šekastan « casser ») ;

guftehā-ye ʕAli « les dits de ʕAli » (goftan « dire »).

Il peut être utilisé avec valeur d’absolutif, et son groupe peut alors être relié à celui du verbe principal par va / -o « et » :

diruz be-šahr rafte (va) ketābhā xaridam <hier à ville allé (et) livres achetai> « hier, étant allé en ville, j’achetai des livres » = « hier, j’allai acheter de livres en ville ».

S’agissant de šode « ayant été », il peut être omis :

vāred-e oṯāq (šode) va ṣedā zad <à l’intérieur de la chambre (ayant été) et appel frappa> « étant entré dans la chambre, il appela » = « il entra dans la chambre et se mit à appeler ».

20. Les auxiliaires

Quatre auxiliaires sont utilisés pour la conjugaison :


Forme inaccentuée Forme accentuée
1re personne du singulier am hastam
2e personne du singulier i hasti
3e personne du singulier ast hast
1re personne du pluriel im hastim
2e personne du pluriel id hastid
3e personne du pluriel and hastand

Après un mot terminé par une voyelle, le a- de ast est généralement élidé :

Ḥasan injāst « Ḥasan est ici ».

21. Les temps composés

Parfait= participe passé + am, i, etc. :

xaride am « j’ai acheté ».

Le préfixe mi- est parfois utilisé pour indiquer l’habitude :

mi-xaride and « ils achetaient habituellement ».

Plus-que-parfait = participe passé + budan au passé simple :

xaride budam « j’avais acheté ».

Subjonctif passé = participe passé + budan au subjonctif présent :

xaride bāšam « que j’achetasse », « j’aurais acheté ».

Futur simple de l’indicatif = xwāstan au présent sans mi- + racine du passé ( = forme brève de l’infinitif) : xwāhim xarid « nous achèterons ».

Passif = participe passé + šodan conjugué au temps voulu (rappel : šodan ne prend jamais le préfixe be-) :

xaride mi-šavad « il est acheté » ;

xaride šode ast « il a été acheté » ;

xaride šavad « qu’il soit acheté ».

22. La marque de l’objet direct défini

Le complément d’ob et direct (COD) défini est marqué par la postposition :

ketāb rā mi-xaram « j’achète le livre ».

Quand le COD est indéfini, il prend -i ou rien, et n’est jamais suivi de :

ketāb(i) xarid « il acheta un livre ».

Avec la postposition , le pronom personnel man devient marā, et le pronom personnel to devient torā.

marā did « il me vit » (didan « voir »).

En parlé et en poétique, le pronom personnel COD peut prendre la forme d’un suffixe pronominal :

didam-aš « je le vis ».

Le suffixe pronominal peut être attaché à un autre mot que le verbe :

be-xāk-aš sepordand <à-terre-lui confièrent> « ils l’enterrèrent ».

L’adjectif possessif du COD renvoyant au sujet est toujours xwod :

ketāb-e xwod rā xwānd « il lut son (propre) livre » ;

ketāb-e u rā xwānd « il lut son livre (celui d’un(e) autre) ».

23. Locutions verbales

Les locutions verbales sont très nombreuses et très fréquemment utilisées en persan. Elles sont formées d’un verbe précédé d’une préposition, d’un adverbe, d’un adjectif ou d’un nom.

Le préfixe be- est généralement omis dans les locutions verbales.

La locution verbale fonctionne habituellement comme un verbe et peut donc avoir un COD défini marqué par :

kamar-band-e xwod rā tang kard <ceinture de soi étroit fit> « il serra sa ceinture ».

Parfois un suffixe personnel enclitique est attaché à l’élément non verbal comme COD ou complément d’objet indirect (COI) :

tang-aš kard « il la serra » ;

yād-at kard <mémoire toi fit> « il t’enseigna ».

Au lieu d’un COD ou d’un COI, on trouve parfois un complément de l’adjectif ou du nom de la locution verbale relié à ce nom ou à cet adjectif par eẓāfe ou par une préposition :

ejāze-ye raftan dād <permission de partir donna> « il donna la permission de partir » ; yād-e vaṯan-e ʕaziz-e xwod rā kard <mémoire de pays eẓāfe cher de lui faisait> « il se souvenait de son cher pays ».

24. Conjonctions de coordination

Principales conjonctions :

Omission de la conjonction :

raftam ketābhā xaridam <allai livres achetai> « j’allai acheter des livres ».

25. Propositions subordonnées sans conjonction de subordination

Quand une action dépend d’une autre qui indique ou implique un ordre, un souhait, une crainte, une intention, la subordonnée qui l’exprime est juxtaposée à la principale et son verbe est au subjonctif :

be-šahr mi-ravam ketābhā be-xaram <à-ville vais livre que- j’achète> « je vais en ville acheter des livres ».

Les impersonnels bāyad « il faut », bāyist « il fallait », mumkin ast / bud = mi-tavān / mitavānist « il est / était possible », kāfi ast / bud « il suffit / suffisait », qarār mi-šavad / šod « il est / était entendu que », etc. sont directement suivi d’une subordonnée au subjonctif :

bāyad be-šahr be-ravam « il faut que ’aille en ville ».

En mettant le verbe de la subordonnée à l’imparfait, on indique une action qui aurait pu, dû, etc. avoir lieu. kāš « si seulement » est aussi souvent suivi de l’imparfait avec un sens de regret :

bāyad be-šahr mi-raftam « il aurait fallu que j’aille en ville » ;

kāš be-šahr mi-raftam « si seulement j’étais allé en ville ».

Si la subordonnée n’a pas de sujet, son verbe est la racine du passé nue :

bāyad be-šahr raft « il faut aller en ville ».

Dans toutes les subordonnées, avec ou sans mot subordonnant, le verbe est au présent si la subordonnée exprime une action postérieure à celle de la principale :

be-šahr raftam ke ketābhā be-xaram « j’allai en ville acheter des livres ».

☞ Une construction idiomatique fondée sur la juxtaposition permet d’exprimer le présent et le passé progressifs. Elle consiste à employer le verbe dāštan « avoir » au temps et à la personne voulus devant la proposition exprimant l’action :

dāram ketābhā mi-xaram « je suis en train d’acheter des livres » ;

dāštam ketābhā mi-xaridam « j’étais en train d’acheter des livres ».

26. La conjonction ke

À l’exception de celles qui consistent en verbe impersonnel + racine du passé, toutes les tournures évoquées en 25 sont susceptibles d’avoir leur subordonnée introduite par ke « que »

be-šahr mi-ravam ke ketābhā be-xaram « je vais en ville acheter des livres »

Les subordonnées complétives et de discours indirect dépendant de verbes signifiant savoir, dire, demander, s’étonner, etc., sont introduites par ke. Au discours indirect, les subordonnées ont généralement la forme qu’elles auraient au discours direct :

āyā mi-dānid ke in ṣaḥiḥ ast yā na « est-ce que vous savez si c’est vrai ou non ? » ;

goft ke be-šahr mi-ravam <dit que à-ville vais> « il dit qu’il allait en ville » ;

porsid ke ce ṯaur be-bāzār be-ravam « il demanda comment aller au bazar » ;

taʕajjub mi-konam ke Ḥasan miyāyad « je m’étonne que Ḥasan soit venu » ;

Ḥasan āmad ke Simā injāst « Hasan vint [dire] que Sima était là ».

ke peut aussi introduire d’autres types de subordonnées, dont le verbe est au subjonctif s’il y a un élément de doute, de futur, etc.

Temps :

be-šahr mi-ravam ke ketābhā be-xaram « je vais en ville acheter des livres »

Lieu :

dar Eṣfahān ast ke u rā didam « c’est à Isfahan que je le vis ».

Conséquence :

conān tambal bud ke u rā exrāj kardand « il était si paresseux qu’on le renvoya ».

ke joue souvent le même rôle que la locution prépositionnelle française « à savoir que », liant une subordonnée à un pronom démonstratif (« ceci à savoir que ») ou à un groupe nominal (« cette raison à savoir que », etc.) :

u rā bedin sabab exrāj kardand ke tambal bud « on le renvoya pour cette raison qu’il était paresseux » = « on le renvoya parce qu’il était paresseux » ;

meṡl-e in bud ke injā hargez nayāmad « c’était comme s’il n’étaitjamais venu ici ».

ke sert à former de nombreuses locutions prépositionnelles.

Temps :

vaqti-ke « quand », etc.

Lieu :

jā’i-ke « où », etc.

Cause :

az ānjā’i-ke « parce que ».

Concession :

bāvojudi-ke : bien que.

Comparaison :

hamān-ṯowri-ke « exactement comme ».

Conséquence :

be-ṯowri-ke « si bien que » (+ subjonctif).

Certaines locutions prépositionnelles sont formées avec in ou ān :

piš az ān ke <avant ceci à savoir que> « avant que » ; barā-ye in ke <pour ceci à savoir que> « pour que ».

27. Les relatives

Elles sont beaucoup plus variées qu’en français, et souvent la traduction littérale est impossible. Une tournure typique consiste à développer un groupe nominal ou adjectival à l’aide de ke, et à reprendre ensuite ce groupe par un pronom :

kār-emān ke tamām šod manzel raftim <travail-de-nous que fini fut, maison partîmes> « quand nous eûmes fini notre travail, nous rentrāmes à la maison » ;

nazdik ke ʕAli āmad u rā šenāxtam <proche que ʕAli vint lui /rā/ reconnus> « quand ʕAli s’approcha, je le reconnus ».

Plus proches des relatives du français, et toujours avec ke :

in mard ke dust-e man ast šomā rā rāhnamā’i xwāhad kard « cet homme qui est mon ami vous guidera (<vous /rā/ direction veut-faire>) ;

Ḥasan ʕamu’i dāšt ke do sāl bud zan-aš dar gożašte ast <Ḥasan un oncle avait que deux ans étaient sa femme dans le passé est> « Ḥasan avait un oncle dont la femme était morte depuis deux ans ».

Dans la relative déterminative, elle aussi proche de la tournure française, le relatif est toujours ke et suit immédiatement l’antécédent marqué par le suffixe -i (seul peut s’intercaler) :

mardi ke diruz āmad in āst « l’homme qui est venu hier est ici » ;

mardi rā ke diruz āmad mi-binam « je vois l’homme qui est venu hier » ;

mardi ke diruz (u rā) didid in āst « l’homme que vous avez vu hier est ici » ;

mardi ke be-u hedye dādid in āst « l’homme à qui vous avez donné un cadeau est ici » ;

mardi rā ke be-u hedye dādid mi-binam « je vois l’homme à qui vous avez donné un cadeau » ;

mardi rā ke pesar-aš be-Hend raft mi-binam « je vois l’homme dont le fils est parti en Inde ».

28. Autres conjonctions de subordination

cun « quand » s’emploie toujours sans ke.

cun, zir, ce et cerā « parce que, puisque » s’emploient avec ou sans ke.

peut signifier :

bā-huštari tā yekcin kāri be-koni « tu es trop sensible pour faire une telle action » ;

bahtar ast injā bemānim tā dar in havā birun ravim « il vaut mieux que nous restions ici plutôt que de sortir par ce temps ».

29. La condition

Potentiel

Verbe subordonné au subjonctif présent (ou au prétérit si l’action est clairement antérieure à celle de la principale), verbe principal à l’indicatif présent ou futur :

agar ejāze be-dahid, ḥālā mi-ravam « si vous me donniez la permission, je partirais tout de suite ».

Irréel

Les deux verbes sont à l’imparfait ou au plus-que-parfait :

agar zudtar mi-rasidi, u rā mi-didi « si tu étais arrivé plus tôt, tu l’aurais vu » ;

agar dāniste budam, hargez qabul na-mi-kardam « si j’avais su, je n’auraisjamais accepté ».

Après agarce « même si, bien que », le verbe est à l’indicatif ou au subjonctif selon le degré de réalité de l’action de la subordonnée.

30. « Commencer à »

Les verbes du genre « commencer à » sont suivis de be + infinitif s’ils commandent un verbe sans complément, et d’une subordonnée au subjonctif sans subordonnant si le verbe subordonné a un complément :

šoruʕ kard be davidan « il se mit à courir » ;

šoruʕ kard dar rā rang konad <commencement fit porte couleur qu’il donne> « il commença à peindre la porte ».

31. Formes et tours de la langue classique rencontrés dans les textes

Place de l’adjectif

L’adjectif épithète peut se trouver avant le nom :

širin mordan-e u « son doux mourir » (Neẕāmi).

Prépositions

be apparaît souvent, en classique, comme premier élément de locution prépositive :

be sar bar « sur la tête » (Ferdowsi).

ze se rencontre au lieu de az :

tā be buyat ze laḥad raqṣ konān bar xizam « pour qu’à ton parfum je me lève du tombeau en dansant » (Ḥāfeẕ).

andar est la forme ancienne de dar :

āteš-e ʕešqast kandar ney fetād « c’est le feu de l’amour, qui est dans la flûte » (Rumi).

Postposition

jegar-gah-e malek rā mohr bar dāšt litt. « elle enleva du (litt. ‘au’) cœur du roi le pansement » (Neẕāmi) ;

cašm-o guš rā ān nur nist « l’oreille et l’œil ne savent le percevoir » (litt. « cette lumière n’est pas à l’œil ni à l’oreille ») [Rumi].

Suffixes personnels enclitiques

En poésie, la voyelle des formes du singulier (-am, at, -aš) peut être omise :

be rasm-e namāz āmadandiš piš « ils venaient devant lui pour lui rendre hommage » (Ferdowsi)

La particule mi / hami

hami goft ke ku ku ku ku « il disait : ‘où, où ? où, où ?’ » (ʕOmar Xayyām).

dar sabze neṡin-o mey-e rowšan mi xwor « assieds-toi dans la verdure et bois le vin clair » (ʕOmar Xayyām).

har dam az ru-ye to naqši zanad-am rāh-e xayāl « à chaque instant, de ton visage une image coupe le cours de mes pensées » (Ḥāfeẕ)

Le préverbe be

benešaste hami goft « s’étant posé il disait » (ʕOmar Xayyām).

xiz-o balā benemā « dresse-Toi et montre Ta taille » (Ḥāfeẕ).

az neyestān tā marā bobride and « depuis que l’on m’a coupé de la roselière » (Rumi)

Les autres préverbes

Leur emploi est fréquent en classique. En poésie notamment, ils se trouvent souvent à distance du verbe. andar est la forme ancienne de dar :

ce māye bedu gowhar andar nešāxt « quelle quantité de pierres précieuses il y incrusta ! » (Ferdowsi).

La négation ma

En classique, la négation de l’impératif est ma :

kas rā iżā’ makon « ne fais pas de mal à personne » (Nāṣer al-Din Ṯusi).

Le suffixe -i

En classique, un suffixe -i peut être ajouté au présent et au prétérit pour marquer, dans le passé, l’habitude d’une action ou la durée d’un état. Il peut marquer aussi l’irréel dans le passé ou le présent, le regret, le souhait, le déroulement d’un rêve. Il peut être cumulé avec mi.

bar dargah-e u šahān nehādandi ru « sur son seuil des rois posaient leur visage » (ʕOmar Xayyām).

dotā mi šodandi bar taxt-e u « tous deux se tenaient devant son trône » (Ferdowsi).

budan « être »

pušidani now bod « se vêtir était neuf » (Ferdowsi) ;

hasti ke bovad żāt-e Xodāvandi ʕaziz « l’Être qui est l’essence du Seigneur bien-aimé » (Jāmi).

Terminaison de la 3e pers. du sg. du prétérit

On rencontre parfois une terminaison en à la 3e pers.du sg. du prétérit, notamment goftā « il dit », pour introduire un discours. Elle peut aussi ajouter une idée de souhait ou d’exhortation, ou se présenter comme une licence poétique en fin d’hémistiche :

goftā « del-e xorram-e to kābin-e man ast » « elle dit : ‘c’est ton cœur joyeux qui est ma douaire’ » (ʕOmar Xayyām).

Le parfait

Le parfait, notamment à la 3e pers. du sg., peut se rencontrer sous une forme contractée du type budast pour bude ast :

in kuze co man ʕāšeq-e zāri budast « cette cruche comme moi a été un amant éperdu » (ʕOmar Xayyām).

Le précatif

Ancien subjonctif moyen-perse, il n’existe qu’à la 3e pers. du sg. du présent, avec une désinence -ād ajoutée à la racine du présent :

be āmorzeš rasād ān āšnā’i « que cet amour accède au pardon ! » (Neẕāmi).

L’adjectif verbal à forme de gérondif et à sens de participe présent est plus fréquent qu’en persan contemporain standard, où il fossilisé. Il se forme en ajoutant -ān à la racine du présent. Dans les textes se rencontrent, par exemple, konān, nālān, ravān et tābān, participes présents respectifs de kardan / kon- « faire », nālidan, raftan / rav- « aller » et tāftan / tāb- « resplendir, illuminer ».

bāyestan « falloir » peut commander non seulement la racine du passé (ou infinitif apocopé), mais aussi l’infinitif, ou encore une forme personnelle du passé ou du présent :

be jānān ān conin bāyad sepordan « c’est ainsi que pour l’Être aimé il faut livrer sa vie » (Neẕāmi).

La formation Racine du présent + -ān, qui sert à former le gérondif, peut être utilisée en classique comme adjectif verbal :

tābān « lumineux »

32. Note sur la métrique

Dès les panégyriques des premiers poètes d’expression persane, le distique persan se coule dans le moule du mètre quantitatif arabe : une succession de pieds consistant chacun en un assemblage identique de syllabes brèves et de syllabes longues. En prosodie persane, on considère comme brève une syllabe à voyelle brève (a, e, o) non entravée, comme la première syllabe du mot soxan « parole », et comme longue une syllabe à voyelle longue (ā, i, u) ou à diphtongue (ey, ow), comme la première syllabe de šāʕer « poète », ainsi qu’une syllabe à voyelle brève entravée, comme la deuxième syllabe du même mot. Une syllabe à voyelle longue entravée par une ou deux consonnes (sauf par n seul) ou à voyelle brève suivie de deux consonnes est surlongue et peut valoir une syllabe longue suivie d’une brève, sauf en finale de vers où elle vaut une simple syllabe longue. Ainsi, dans le prologue du Šâhnâme, la première syllabe de āftāb « soleil » et l’unique syllabe de goft « dit » dans goft k[e] « dit que » sont surlongues. Il y a bien des possibilités de licence poétique, mais elles sont rares. Il y aussi des cas d’indétermination : l’eẓāfe, ce -e placé entre le nom et son déterminant adjectival ou nominal (grammaire § 4), peut par exemple être compté comme une voyelle brève ou comme une voyelle longue.

Parmi les grands textes de la littérature persane, le Šāhnāme est écrit dans l’une des variantes du mètre motaqāreb ( ̆ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ | ̆ ˉ), Xosrau va Širin de Neẕāmi dans une variété de mètre hazaj ( ̆ ˉ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ ) et le maṡnavi de Rumi, tout comme le Manṯeq al-ṯeyr de ʕAṯṯār, dans une variété de mètre ramal ( ˉ ̆ ˉ ˉ | ˉ ̆ ˉ ˉ | ˉ ̆ ˉ ).

Aperçu de la grammaire persane - Maxime Seveleu-Dubrovnik